vendredi 17 mai 2019

Ode à la vague

Combien de fois pourrons-nous résister aux vagues qui déferlent sur nos corps ? Ces vagues qui emportent tout.

L’océan offre des cadeaux inestimables à celui qui sait aller les chercher à travers la houle. Mental d’acier, bras de fer, cœur de glace et jambes de plomb. Des fois, les plus chanceux retrouve des colis sur la plage. Elle en est infestée, car bien souvent on passe à côté sans les voir. Trop facile.

D’où vient le mérite de ceux qui se batte contre ces vagues ? D’où les gens rester sur la berge les acclame ? 

Ceux resté sur le sable sont-ils moins bons ? Sont-ils comme les cadeaux qu’on ignore, inutiles ? N’ont-ils pas le droit de sentir quelques choses de stables sous leurs pieds ?

Non. La montée des eaux arrive inévitablement. La berge devient si fine qu’on ne peut plus poser un orteil dessus sans s’y retrouver mouillé jusqu’aux cuisses. Et alors, le bal commence.

En avant, en arrière, surtout en arrière. Le clapotement de l’eau qui faisait rire les enfants s’est transformé en raz-de-marée. Chacun se retrouve à être dans l’eau jusqu’au cou. Tous les même. Tous perdu. Tous en nage.

Pourtant déjà des profils se consolident, des règles s’établissent, des manières se transforment.

On grimpe sur les autres pour respirer, on pousse sur les têtes pour pouvoir apercevoir un ilot d’Espoir. L’Homme n’est plus.

Certains nagent seuls, d’autres se soutiennent, d’autre encore se laissent porter. Aucun espoir, aucune chance de retourner sur le sable chaud. Aucune chance de trouver l’ile d’Espoir.

Le visage humide, le cœur frigorifié certains d’entre nous regarde les autres s’en comprendre comment faire.

La horde de corps, fouetté par les eaux n’a ni queue ni tête, trop de bruit, trop de gens, tellement peu de sécurité, de réconfort. Des milliers de personne dans un bord de mer et pourtant si seul à l’intérieur.

Les vagues déferlent s’en tenir compte des corps qu’elles écrasent. Dimorphismes, inégales. Elles obligent les plus faible à aller s’enterrer au fond de l’eau, là où les dos touche le sol, là où l’on se dit « Nous somme saufs, nous sommes soutenus » mais très vite le manque d’air nous oblige à nous relever, encore et encore. Essuyer des tempêtes, des typhons, des ouragans, des vagues scélérates alors que nos voisins n’ont que quelques vaguelettes et une eau claire et brillante.

Le souffle court, les bras tremblants, vomissant de la flotte, certains ne reviennent jamais percer l’onde. Par-ci, par-là, dans ce capharnaüm, on utilise ses drôles d’algue pour avancer, pour gagner quelques secondes de répit, d’autres ne peuvent s’en séparer et se noient à leur tour.


Derrière nous, la plage ne ressemble à plus rien, personne n’a la force de se retourner, tout le monde a oublié son existante. De toute façon, nous ne pensons plus à elle, à son sable chaud et accueillant, à ces moments passés sous le soleil.

Combien de fois pourrons-nous résister aux vagues qui déferlent sur nos corps ? Ces vagues qui emportent tout.

Certains d’entre nous, prédestiné par une quelconque main d’un quelconque Seigneur pourrons en affronter plus. Ça se voit dans leur regard, sa se sent dans leurs muscles, sa s’entendent dans les cris qu’ils poussent à chaque vague encaissée. Est-ce injuste de les envier ? Est-ce injuste de vouloir s’accrocher à eux et se laisser porter ? Est-ce injuste de les couler par derrière ?

Et pourquoi ne pas parler de ceux, rester dans une crique, qui ne nous offre même pas un regard. Ils ont un bout de plage avec des parasols dorés. Ils pataugent dans l’eau jusqu’aux chevilles en pestant et quand l’un d’entre eux nous rejoint, c’est toujours à l’aide de jet-ski et de bateaux.

Quelqu’un des nôtres tente des expéditions, c’est leur ile d’Espoir a eu, mais nous ne leur souhaitons pas bonne chance, non, nous restons dans notre propre souffrance, nos propres envies.

A force de boire trop d’eau de mer, on finit par en mourir. Les forces nous quittent, notre espoir aussi. Parfois, la tentation de rester sous l’eau est forte. Le sable sous nos pieds nous rappelle celui de la plage doux et accueillant, les poissons qui nous frôlent nos amis oubliés, nos amours morts, le silence notre propre pensée, clame, claire, se retrouver.

Cette noyade est d’une douceur qui trompe énormément. Qui ne voudrait pas s’endormir dans l’eau, porté par les vagues, au lieu de lutter, tous les jours, chaque secondes, contre ses vagues qui nous brulent les yeux et qui nous niquent le ventre ? A devoir, à chaque instant, lutter pour une goulée d’air et, avec de la chance, un aperçu, les yeux brûlés par le sel, de notre Terre Promise.
Se reposer dans ce milieu est difficile, et presque infaisable. Certains d’entre nous développent des techniques, s’appuie sur les autres, font la planche, coule un moment. D’autres ne s’arrêtent jamais quitte à couler encore en vie, quitte à hurler à pleins poumons jusqu’au dernier souffle.

Pourquoi tout ça doit-être aussi difficile ? Pourquoi tout ça doit-il durer aussi longtemps ? Pourquoi tout ça existe ? Pourquoi ?

Rien ne devrait nous obliger à entrer dans la mer. Rien ne devrait nous pousser jusqu’aux vagues. Quel mal il y a-t-il de rester sur la berge, profiter des quelques cadeaux écrasés sur le sable, profiter de la vue des quelques courageux ou inconscient allant défier, volontairement, les flots ?

Ne serait-ce même pas permis d’aller se reposer sur la plage lorsque les vagues deviennent trop méchantes ? Lorsque l’on est trop épuisé ? 

Je suis fatiguée. Les poissons, les corps, les vivants, le sable ne m’aide en rien. Je suis épuisée de devoir me battre contre la Nature et contre les Hommes. Les vagues qui me noient et les gens qui me coulent. Je veux rentrer sur la plage, là où sont mes souvenirs joyeux, mes moments de tranquillité, mes sentiments d’amour. Là-bas est mon ile de Rêve. Là-bas est là où je dois être. Je nage dans la mauvaise direction et je m’épuise de devoir faire comme tout le monde.
Mourrez, mourrez et étouffez-vous. Noyez-vous, torpillez-vous, mais laissez-moi retournez d’où je viens. Ma véritable place n’est pas avec vous, mais là-bas, sur la plage douce et aimante, à mon écoute et à mes soins.
Combien de fois pourrons-nous résister aux vagues qui déferlent sur nos corps ? Ces vagues qui emportent tout, sauf notre espoir peut-être. Sur l’Ile, nous y arriverons tous, ça, ça ne fait aucun doute, la sable chaud, la peau sèche ; les rêves de chacun se réaliseront dessus, ne reste qu’à savoir si le corps, rejeté sur notre ile des Merveilles, est celui d’une personne, épuisée, cassée mais qui s’est battue pour y arriver jusqu’au bout ou celui d’un mort qui s’est laissé couler.

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